Licenciement pour inaptitude : les pièges à éviter et vos droits

Par Nathalie DAHAN AOUATE · Publié le 12 août 2026 · Mis à jour le 19 septembre 2026 · 16 min de lecture
Licenciement pour inaptitude : les pièges à éviter et vos droits

Le piège du licenciement pour inaptitude ne se joue pas le jour de la notification, il se joue dans les quinze jours qui suivent l'avis du médecin du travail. Passé ce délai, l'avis devient définitif, la qualification de l'inaptitude est figée, et avec elle le montant de ce que vous percevrez. Selon que l'inaptitude est rattachée ou non à un accident du travail ou à une maladie professionnelle, l'indemnité de licenciement est simple ou doublée, et une indemnité supplémentaire équivalente au préavis s'ajoute ou non. Au Cabinet NDA, la qualification de l'inaptitude est le premier point vérifié dans ce type de dossier. Trois repères avant d'aller plus loin :

  • Quinze jours pour contester l'avis d'inaptitude, devant le conseil de prud'hommes et non devant l'inspection du travail.
  • Un mois sans salaire de l'employeur, puis reprise obligatoire du paiement si vous n'êtes ni reclassé ni licencié.
  • Douze mois pour contester la rupture une fois le licenciement notifié.

Une même inaptitude, deux régimes et un écart du simple au double

L'inaptitude est constatée par le seul médecin du travail, à l'issue d'un examen médical, d'une étude de votre poste, d'une étude des conditions de travail dans l'établissement et d'un échange avec l'employeur [15]. Votre médecin traitant, lui, ne peut pas vous déclarer inapte. Un second examen peut être organisé dans les quinze jours suivant le premier.

Ce que beaucoup de salariés découvrent trop tard, c'est que la case cochée sur cet avis commande tout le reste. L'inaptitude consécutive à une maladie ou à un accident non professionnel relève des articles L1226-2 et suivants. L'inaptitude consécutive à un accident du travail ou à une maladie professionnelle relève des articles L1226-10 et suivants, nettement plus protecteurs.

Inaptitude non professionnelle Inaptitude d'origine professionnelle
Indemnité de licenciement Indemnité légale, dès 8 mois d'ancienneté [9] Indemnité spéciale égale au double de l'indemnité légale [7]
Préavis Non exécuté, aucune indemnité compensatrice [3] Indemnité compensatrice d'un montant égal au préavis [7]
Condition d'ancienneté 8 mois Aucune [22]
Pendant le mois d'attente Aucun revenu de l'employeur Indemnité temporaire d'inaptitude versée par la caisse [23]

L'indemnité légale de licenciement s'élève au minimum à un quart de mois de salaire par année d'ancienneté jusqu'à dix ans, puis à un tiers de mois par année au-delà [10]. Pour un cadre de quinze ans d'ancienneté, le doublement représente donc plusieurs mois de rémunération, auxquels s'ajoute l'équivalent du préavis.

Piège n°1 : laisser passer l'origine professionnelle de l'inaptitude

C'est le piège le plus coûteux, et il passe souvent inaperçu. Une inaptitude est souvent constatée après de longs mois d'arrêt qui ont commencé par un accident du travail, puis se sont poursuivis en arrêt maladie ordinaire. À la fin du parcours, l'avis mentionne une origine non professionnelle et personne ne remonte le fil.

La Cour de cassation retient pourtant une règle large. Les règles protectrices applicables aux victimes d'un accident du travail ou d'une maladie professionnelle s'appliquent dès lors que l'inaptitude, quel que soit le moment où elle est constatée ou invoquée, a au moins partiellement pour origine cet accident ou cette maladie, et que l'employeur avait connaissance de cette origine au moment du licenciement [19].

Deux enseignements pratiques en découlent. D'abord, une origine seulement partielle suffit : l'inaptitude n'a pas à être exclusivement imputable à l'accident. Ensuite, la condition décisive est la connaissance par l'employeur de cette origine au jour du licenciement. Dans l'affaire jugée le 7 mai 2024, l'employeur savait que l'accident du travail était à l'origine du premier arrêt et que le salarié n'avait jamais repris le travail depuis : cela a suffi, malgré un avis d'inaptitude mentionnant une cause non professionnelle.

Concrètement, rassemblez la déclaration d'accident du travail, les certificats médicaux initiaux, les courriers adressés à l'employeur et la chronologie complète de vos arrêts. C'est ce faisceau, et non la case cochée sur l'avis, qui déterminera le régime applicable devant le juge.

Piège n°2 : se tromper d'interlocuteur pour contester l'avis

Une idée reçue tenace veut que l'avis d'inaptitude se conteste devant l'inspection du travail. Cette voie a disparu. Depuis la réforme de 2017, c'est le conseil de prud'hommes qui est saisi, selon la procédure accélérée au fond, de toute contestation portant sur les avis, propositions, conclusions écrites ou indications du médecin du travail reposant sur des éléments médicaux [13].

Quinze jours, et le délai est mentionné sur l'avis

Le conseil de prud'hommes doit être saisi dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'avis. Les modalités de recours et ce délai figurent obligatoirement sur le document remis par le médecin du travail [14]. Le conseil peut confier une mesure d'instruction au médecin inspecteur du travail, et sa décision se substitue à l'avis contesté.

Ce recours n'est pas réservé à l'employeur. Il vous est ouvert, et c'est la seule fenêtre pour faire corriger un avis qui minimise l'origine professionnelle de votre état de santé ou qui ferme la porte à tout reclassement.

La brièveté de cette fenêtre est critiquée par la doctrine elle-même : selon Auzero, Baugard et Dockès (Droit du travail, Dalloz, 37e éd.), « vu la situation de faiblesse d'un salarié qui, par hypothèse, vient d'avoir une aptitude physique réduite, la brièveté de ce délai pourrait s'analyser comme une atteinte au droit au juge ». Le constat vaut avertissement : passé les quinze jours, l'avis ne peut plus être contesté et sert de base à toute la suite [14].

Lire la formulation exacte, mot à mot

L'employeur n'est dispensé de rechercher un reclassement que si l'avis porte la mention expresse que tout maintien du salarié dans un emploi serait gravement préjudiciable à sa santé, ou que son état de santé fait obstacle à tout reclassement dans un emploi [2]. Lorsque cette mention figure bien sur l'avis, la dispense joue pleinement [21].

Mais la formule doit être exacte. Un avis indiquant que tout maintien du salarié dans un emploi dans cette entreprise serait gravement préjudiciable à sa santé n'est pas la mention prévue par le texte : l'employeur reste alors tenu de rechercher un reclassement [20]. Une entreprise qui s'est crue dispensée sur la foi d'une formule approximative a licencié sans avoir rempli son obligation.

Relisez donc votre avis avec cette grille. En l'absence de mention dispensatoire, l'employeur doit vous proposer un autre emploi approprié à vos capacités, au sein de l'entreprise ou des entreprises du groupe situées sur le territoire national dont l'organisation permet la permutation du personnel, après avis du comité social et économique [1] [4]. S'il ne peut rien proposer, il doit vous faire connaître par écrit les motifs qui s'opposent à votre reclassement [2] [6].

Piège n°3 : laisser s'écouler le mois qui suit la visite de reprise

Le compte à rebours ne part pas de la notification du licenciement mais de la visite médicale de reprise. Celle-ci est organisée par l'employeur dès qu'il connaît la date de fin de votre arrêt, le jour de la reprise effective et au plus tard dans les huit jours, après un congé de maternité, une maladie professionnelle, un accident du travail ayant entraîné au moins trente jours d'absence ou une maladie non professionnelle d'au moins soixante jours [16].

Depuis le 15 juin 2026, cette visite n'est plus requise dans un cas précis : si vous avez bénéficié d'une visite de préreprise dans les trente jours précédant la reprise effective et que le médecin du travail y a conclu qu'aucun aménagement du poste ni du temps de travail n'était nécessaire, sauf demande du médecin, de l'employeur ou de vous-même [16].

À compter de la date de cet examen de reprise, l'employeur dispose d'un mois. Au terme de ce délai, s'il ne vous a ni reclassé ni licencié, il doit reprendre le versement du salaire correspondant à l'emploi occupé avant la suspension du contrat, et ce dans les deux régimes [3] [5]. Le code ne met le salaire à la charge de l'employeur qu'à l'expiration de ce délai : pendant le mois, aucun salaire n'est dû. Si l'inaptitude fait suite à un accident du travail ou à une maladie professionnelle, l'indemnité temporaire d'inaptitude prend le relais sans délai de carence, dès le lendemain de la déclaration d'inaptitude et pendant un mois au maximum [23]. Cette suspension du salaire pendant le mois qui suit l'examen de reprise n'a rien de disciplinaire : elle ne doit pas être confondue avec une retenue de salaire décidée à titre de sanction, qui suppose une faute, une procédure et une durée arrêtée à l'avance.

Délai Point de départ Ce qui se passe ensuite
8 jours Reprise effective du travail Organisation de la visite de reprise
15 jours Notification de l'avis d'inaptitude Forclusion du recours devant le conseil de prud'hommes
1 mois Examen médical de reprise Reprise obligatoire du paiement du salaire
12 mois Notification du licenciement Prescription de l'action portant sur la rupture [18]

Si le mois s'est écoulé sans reclassement ni licenciement, réclamez le salaire par écrit. Ces sommes se cumulent avec les indemnités de rupture ; elles ne s'y substituent pas.

Piège n°4 : croire sur parole que le reclassement a été cherché

L'inaptitude n'est pas, en elle-même, un motif de licenciement. Ce que l'employeur doit établir, c'est l'impossibilité de vous reclasser, ou votre refus d'un poste conforme aux préconisations médicales. Une lettre de licenciement qui se borne à mentionner votre inaptitude, sans faire état de l'impossibilité de reclassement, n'énonce pas un motif précis [28]. La question décisive n'est donc pas celle de votre inaptitude, mais celle des recherches réellement menées par l'employeur.

L'ordre des obligations, sur un cas type

Prenez une directrice commerciale régionale, quinze ans d'ancienneté, déclarée inapte à son poste parce que les longs déplacements routiers lui sont désormais interdits. Le seul emploi vacant dans l'entreprise est un poste de responsable de l'administration des ventes au siège, moins rémunéré. L'obligation de reclassement impose d'abord de rechercher un aménagement du poste actuel : réorganisation du secteur, déplacements confiés à un adjoint, télétravail partiel, visites clients en train. Ce n'est que si cet aménagement se révèle impossible que l'employeur doit, dans un second temps, proposer le poste du siège. La loi vise expressément les mutations, aménagements, adaptations ou transformations de postes existants et l'aménagement du temps de travail, et impose de prendre en compte les indications du médecin du travail sur vos capacités et sur une éventuelle formation [1] [4]. Un employeur qui saute la première étape et vous propose directement le poste déclassé, ou qui ne propose rien, n'a pas rempli son obligation.

Le comité social et économique doit être consulté, même sans poste à proposer

Dans les deux régimes, la proposition de reclassement est faite après avis du comité social et économique lorsqu'il existe [1] [4]. La Cour de cassation en tire une conséquence stricte : lorsque l'inaptitude fait suite à un accident du travail, l'employeur doit consulter les représentants du personnel sur les possibilités de reclassement avant d'engager la procédure de licenciement, même s'il n'identifie aucun poste de reclassement [26]. En cas d'inaptitude non professionnelle, la méconnaissance des règles de reclassement, dont celle imposant de consulter les représentants du personnel, prive le licenciement de cause réelle et sérieuse [27]. Demandez donc le procès-verbal de cette consultation : sa date doit se situer après l'avis d'inaptitude et avant toute proposition ou toute convocation à l'entretien préalable.

Une dernière observation, souvent décisive. Si, après l'avis d'inaptitude, l'entreprise continue de vous confier des tâches « à votre mesure » en attendant de statuer, conservez-en la trace : une activité effective pendant cette période contredit l'impossibilité de reclassement qu'elle invoquera ensuite.

Point à vérifier Ce que vous demandez Ce que révèle son absence
Aménagement du poste actuel étudié Écrits adressés au médecin du travail sur les aménagements possibles Recherche partant directement sur un autre poste
Consultation du CSE Procès-verbal daté de la réunion Manquement aux règles de reclassement [26] [27]
Motifs écrits du refus de reclassement Courrier préalable à la convocation Indemnité réparant le préjudice subi [19]
Lettre de licenciement Mention de l'impossibilité de reclassement Motif imprécis [28]

Piège n°5 : préférer une rupture conventionnelle au licenciement

Un employeur qui mesure le coût du régime protecteur propose parfois une rupture conventionnelle. Elle est juridiquement possible : sauf fraude ou vice du consentement, une convention de rupture peut être valablement conclue par un salarié déclaré inapte à son poste à la suite d'un accident du travail [24]. Possible ne veut pas dire avantageux.

Signer, c'est renoncer à l'indemnité spéciale doublée et à l'indemnité compensatrice équivalente au préavis, qui ne sont attachées qu'à la rupture prononcée sur le fondement de l'inaptitude d'origine professionnelle [7]. C'est aussi renoncer à toute contestation ultérieure du bien-fondé du licenciement et de la recherche de reclassement. Une crainte revient souvent dans cet arbitrage, celle de perdre l'indemnisation en refusant de signer : elle est infondée, puisque le licenciement ouvre les mêmes droits que la rupture conventionnelle et que le droit à l'allocation résiste même à une faute grave. Avant d'arbitrer, chiffrez les deux scénarios : le calcul de l'indemnité de rupture conventionnelle se compare poste par poste avec celui de l'indemnité spéciale de licenciement. Face à un employeur, mieux vaut s'entourer d'un cabinet expert en négociation de rupture conventionnelle avant d'ouvrir la discussion, pas après avoir signé.

Le même réflexe vaut au moment de la sortie : vérifiez ligne par ligne le contenu de votre solde de tout compte, qui ne vous engage que sur les sommes qui y sont détaillées.

Piège n°6 : ne pas remonter à la cause de l'inaptitude

Un avis d'inaptitude décrit un état de santé, pas son origine. Or c'est cette origine qui, dans deux situations fréquentes chez les cadres, change la nature du contentieux.

Inaptitude consécutive à un harcèlement moral

Toute rupture du contrat intervenue en méconnaissance de l'interdiction du harcèlement moral est nulle [31]. La Cour de cassation applique cette nullité au licenciement pour inaptitude lorsque l'inaptitude a pour origine le harcèlement moral subi par le salarié, y compris lorsque le licenciement d'un salarié protégé a été autorisé par l'inspection du travail [34] [30]. Concrètement, un cadre placé sous pression continue, mis à l'écart, puis déclaré inapte après un long arrêt, ne conteste plus seulement la recherche de reclassement : il demande la nullité de la rupture, avec une indemnité qui ne peut être inférieure aux salaires des six derniers mois [12], hors du barème. Cette démonstration suppose de rassembler la preuve du harcèlement avant même la contestation du licenciement.

Inaptitude consécutive à un manquement à l'obligation de sécurité

L'employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs [32]. Lorsque l'inaptitude résulte d'un manquement à cette obligation, par exemple une surcharge de travail signalée et jamais traitée, ou des préconisations du médecin du travail restées lettre morte, le licenciement motivé par cette inaptitude ne peut être déclaré fondé [33]. Là encore, le dossier se construit en amont : alertes écrites, comptes rendus d'entretien, avis antérieurs du médecin du travail.

Un point de procédure mérite d'être connu. Le conseil de prud'hommes n'est pas compétent pour connaître des litiges que le code de la sécurité sociale attribue à une autre juridiction en matière d'accidents du travail et de maladies professionnelles [29]. La réparation des conséquences de l'accident ou de la maladie elle-même relève donc du pôle social du tribunal judiciaire, tandis que le conseil de prud'hommes reste seul juge du bien-fondé de la rupture. Un dossier d'inaptitude d'origine professionnelle se mène souvent sur ces deux fronts.

Ce que le conseil de prud'hommes peut ordonner

Si le licenciement est prononcé, la procédure applicable est celle du licenciement pour motif personnel [2] : convocation, entretien préalable, notification motivée par lettre recommandée [17]. Lors de l'entretien, vous pouvez vous faire assister par une personne de votre choix appartenant au personnel de l'entreprise ; en l'absence d'institutions représentatives du personnel, vous pouvez également choisir un conseiller du salarié figurant sur une liste dressée par l'autorité administrative, dont l'adresse doit être mentionnée dans la convocation [25]. Ce calendrier reste plus court que celui d'une rupture disciplinaire, qui ajoute une prescription de deux mois et un délai maximum d'un mois pour notifier : le calendrier propre aux ruptures disciplinaires permet de vérifier lequel des deux régimes vous a été appliqué. La même procédure encadre les autres motifs personnels non disciplinaires, à commencer par l'insuffisance professionnelle, qui ne se confond pas avec une faute : là aussi, c'est à l'employeur d'établir les faits qu'il invoque. La façon dont le juge contrôle un tel motif, et ce qu'il alloue lorsqu'il ne tient pas, sont détaillées dans notre guide du licenciement sans cause réelle et sérieuse, de la lecture de la lettre au chiffrage de l'indemnité.

Les sanctions diffèrent selon le manquement et selon le régime.

Manquement Régime non professionnel Régime professionnel
Reclassement non recherché Licenciement sans cause réelle et sérieuse, indemnité fixée dans les limites du barème [11] Réintégration proposée, ou indemnité qui ne peut être inférieure aux six derniers mois de salaire [8] [12]
Motifs du refus de reclassement non notifiés par écrit Indemnité réparant le préjudice subi Indemnité réparant le préjudice subi, et non la sanction du licenciement irrégulier [19]
CSE non consulté sur le reclassement Licenciement sans cause réelle et sérieuse [27] Réintégration proposée, ou indemnité d'au moins six mois de salaire, cumulable avec les indemnités de rupture [8] [26]
Origine professionnelle méconnue Rappel de l'indemnité spéciale et de l'indemnité compensatrice [7]

Dans le régime professionnel, l'indemnité sanctionnant l'absence de reclassement se cumule avec l'indemnité compensatrice et l'indemnité spéciale de licenciement [8]. Ce cumul explique pourquoi la qualification de l'inaptitude reste le point de bascule de tout le dossier. Le montant plafonné de l'indemnité pour licenciement sans cause réelle et sérieuse se lit dans le tableau du barème Macron par ancienneté. En cas de litige, le Cabinet NDA accompagne les cadres dans la contestation de leur licenciement, de l'analyse de l'avis d'inaptitude jusqu'à l'audience.

Chaque situation reste particulière, et cet article ne remplace pas l'analyse de votre dossier. Tant que le délai de quinze jours court encore, demandez un rendez-vous au Cabinet NDA pour faire relire votre avis d'inaptitude avant qu'il ne devienne définitif.

Vos questions, nos réponses

Qui décide qu'un salarié est inapte à son poste ?

Seul le médecin du travail. Il ne peut constater l'inaptitude qu'après au moins un examen médical permettant un échange sur les aménagements possibles, une étude du poste, une étude des conditions de travail dans l'établissement et un échange avec l'employeur [15]. Un certificat du médecin traitant ne produit aucun de ces effets. Si un second examen est nécessaire, il intervient dans les quinze jours suivant le premier, et l'avis est notifié au plus tard à cette date.

L'indemnité de licenciement est-elle vraiment doublée en cas d'inaptitude professionnelle ?

Oui. Lorsque l'inaptitude fait suite à un accident du travail ou à une maladie professionnelle, la rupture ouvre droit à une indemnité spéciale de licenciement égale au double de l'indemnité légale, sauf dispositions conventionnelles plus favorables, ainsi qu'à une indemnité compensatrice d'un montant égal à l'indemnité compensatrice de préavis [7]. Ces indemnités ne sont pas dues si l'employeur établit que votre refus du reclassement proposé était abusif.

Peut-on refuser un poste de reclassement sans perdre ses droits ?

Le refus d'un poste est possible et ne constitue pas en soi une faute. Il permet à l'employeur de rompre le contrat, puisqu'il justifie alors du refus de l'emploi proposé dans les conditions prévues par le code [2] [6]. En revanche, dans le régime professionnel, un refus jugé abusif prive des indemnités renforcées [7]. Documentez donc par écrit les raisons pour lesquelles le poste proposé ne correspond pas aux préconisations du médecin du travail.

L'employeur doit-il consulter le CSE s'il n'a aucun poste de reclassement à proposer ?

Oui. Lorsque l'inaptitude fait suite à un accident du travail ou à une maladie professionnelle, l'employeur doit consulter les représentants du personnel sur les possibilités de reclassement avant d'engager la procédure de licenciement, même s'il n'identifie aucun poste [26]. En cas d'inaptitude non professionnelle, l'absence de consultation prive le licenciement de cause réelle et sérieuse [27]. L'employeur n'échappe à cette obligation que s'il n'existe pas de comité social et économique dans l'entreprise.

Peut-on demander aux prud'hommes la réparation de l'accident du travail lui-même ?

Non. Le conseil de prud'hommes n'est pas compétent pour les litiges que le code de la sécurité sociale attribue à une autre juridiction en matière d'accidents du travail et de maladies professionnelles [29]. La réparation des conséquences de l'accident ou de la maladie relève du pôle social du tribunal judiciaire, avec la reconnaissance éventuelle d'une faute inexcusable de l'employeur. Le conseil de prud'hommes juge, lui, le bien-fondé du licenciement et les indemnités de rupture : les deux actions se mènent en parallèle, sans se confondre.

Sources

  1. Code du travail, article L1226-2 (reclassement après une inaptitude d'origine non professionnelle)
  2. Code du travail, article L1226-2-1 (motifs écrits s'opposant au reclassement, cas de rupture, procédure applicable)
  3. Code du travail, article L1226-4 (reprise du salaire au bout d'un mois, préavis non exécuté)
  4. Code du travail, article L1226-10 (reclassement après une inaptitude d'origine professionnelle)
  5. Code du travail, article L1226-11 (reprise du salaire au bout d'un mois, origine professionnelle)
  6. Code du travail, article L1226-12 (impossibilité de reclassement et conditions de la rupture)
  7. Code du travail, article L1226-14 (indemnité compensatrice et indemnité spéciale de licenciement)
  8. Code du travail, article L1226-15 (sanction du licenciement méconnaissant les règles de reclassement)
  9. Code du travail, article L1234-9 (indemnité de licenciement à partir de 8 mois d'ancienneté)
  10. Code du travail, article R1234-2 (taux minimaux de l'indemnité légale de licenciement)
  11. Code du travail, article L1235-3 (barème d'indemnisation du licenciement sans cause réelle et sérieuse)
  12. Code du travail, article L1235-3-1 (indemnité qui ne peut être inférieure aux salaires des six derniers mois)
  13. Code du travail, article L4624-7 (contestation de l'avis du médecin du travail devant le conseil de prud'hommes)
  14. Code du travail, article R4624-45 (délai de quinze jours pour saisir le conseil de prud'hommes)
  15. Code du travail, article R4624-42 (conditions de la déclaration d'inaptitude par le médecin du travail)
  16. Code du travail, article R4624-31 (visite de reprise, cas et délai de huit jours)
  17. Code du travail, article L1232-6 (notification du licenciement et énoncé des motifs)
  18. Code du travail, article L1471-1 (prescription de douze mois de l'action portant sur la rupture)
  19. Cour de cassation, chambre sociale, 7 mai 2024, n°22-10.905 (règles protectrices et connaissance de l'origine professionnelle par l'employeur)
  20. Cour de cassation, chambre sociale, 13 septembre 2023, n°22-12.970 (portée de la mention expresse de l'avis d'inaptitude)
  21. Cour de cassation, chambre sociale, 8 février 2023, n°21-19.232 (dispense de recherche de reclassement)
  22. Le salarié perçoit-il des indemnités en cas de licenciement pour inaptitude physique ?, service-public.gouv.fr
  23. Inaptitude au travail du salarié suite à un accident du travail, service-public.gouv.fr
  24. Cour de cassation, chambre sociale, 9 mai 2019, n°17-28.767 (validité d'une rupture conventionnelle conclue par un salarié déclaré inapte)
  25. Code du travail, article L1232-4 (assistance du salarié lors de l'entretien préalable)
  26. Cour de cassation, chambre sociale, 30 septembre 2020, n°19-16.488 (consultation des représentants du personnel obligatoire même sans poste de reclassement, inaptitude professionnelle)
  27. Cour de cassation, chambre sociale, 30 septembre 2020, n°19-11.974 (défaut de consultation des représentants du personnel, inaptitude non professionnelle, licenciement sans cause réelle et sérieuse)
  28. Cour de cassation, chambre sociale, 26 septembre 2012, n°11-14.989 (l'inaptitude sans mention de l'impossibilité de reclassement n'est pas un motif précis de licenciement)
  29. Code du travail, article L1411-4 (compétence du conseil de prud'hommes, exclusion des litiges relevant du code de la sécurité sociale)
  30. Cour de cassation, chambre sociale, 13 février 2013, n°11-26.380 (nullité du licenciement pour inaptitude consécutive à un harcèlement moral)
  31. Code du travail, article L1152-3 (nullité de toute rupture intervenue en méconnaissance de l'interdiction du harcèlement moral)
  32. Code du travail, article L4121-1 (obligation de l'employeur d'assurer la sécurité et de protéger la santé des travailleurs)
  33. Cour de cassation, chambre sociale, 17 octobre 2012, n°11-18.648 (licenciement motivé par une inaptitude résultant d'un manquement de l'employeur à son obligation de sécurité)
  34. Cour de cassation, chambre sociale, 15 juin 2022, n°20-22.430 (inaptitude ayant pour origine un harcèlement moral, licenciement nul malgré l'autorisation administrative)

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