Procédure de licenciement pour faute grave : les étapes et les délais

Par Nathalie DAHAN AOUATE · Publié le 16 septembre 2026 · 11 min de lecture
Procédure de licenciement pour faute grave : les étapes et les délais

Un licenciement pour faute grave obéit à deux corps de règles qui se cumulent, et chaque délai qu'ils imposent est un point de contrôle que vous pouvez vérifier vous-même. Entre le jour où l'employeur découvre les faits et la lettre qui rompt le contrat, la procédure tient en quatre temps et en une poignée de dates. Le Cabinet NDA examine d'abord ce calendrier, parce qu'une étape manquée ou un délai dépassé change la valeur du dossier. Trois repères avant d'entrer dans le détail :

  • l'employeur dispose de deux mois à compter du jour où il a connaissance des faits pour engager les poursuites disciplinaires ;
  • l'entretien préalable ne peut se tenir moins de cinq jours ouvrables après la convocation, et la lettre ne peut partir moins de deux jours ouvrables après l'entretien ;
  • une irrégularité de forme et la violation d'une garantie de fond n'ont pas du tout la même sanction, ce qui commande la façon de contester.

Deux corps de règles se cumulent

Un licenciement pour faute grave est à la fois un licenciement pour motif personnel et une sanction disciplinaire. Les deux régimes s'appliquent donc ensemble : celui du licenciement, qui organise la convocation, l'entretien et la notification, et celui du droit disciplinaire, qui ajoute une prescription et un délai maximum. Constitue en effet une sanction toute mesure, autre que les observations verbales, prise par l'employeur à la suite d'un agissement qu'il juge fautif [12].

Ce cumul explique un point de détail qui compte : le délai maximum d'un mois entre l'entretien et la lettre ne vient pas du droit du licenciement, mais du droit disciplinaire [6]. Il ne s'applique donc qu'aux ruptures disciplinaires, dont la faute grave fait partie. À l'inverse, la rupture qui suit un avis d'inaptitude, qui n'a rien de disciplinaire, n'obéit qu'aux règles du licenciement pour motif personnel. La place de la faute grave dans l'échelle des sanctions éclaire ce point de départ.

Étape 1 : la mise à pied conservatoire, quand elle ouvre la procédure

Lorsque les faits reprochés rendent indispensable d'écarter immédiatement le salarié, l'employeur peut prononcer une mise à pied conservatoire à effet immédiat. Ce n'est pas une sanction : aucune décision définitive sur ces faits ne peut être prise sans que la procédure disciplinaire ait été respectée ensuite [7].

Deux points méritent votre attention. Le premier est le sort du salaire de cette période, qui dépend de l'issue de la procédure : notre guide sur la mise à pied et le salaire qui reste dû détaille ce mécanisme. Le second est l'articulation entre la mesure et la suite : le texte subordonne toute sanction définitive au respect de la procédure disciplinaire [7], de sorte que la chronologie entre la mise à pied et la convocation mérite d'être relevée date par date.

Étape 2 : la convocation et le délai de cinq jours ouvrables

La convocation se fait par lettre recommandée ou par lettre remise en main propre contre décharge, et l'entretien ne peut avoir lieu moins de cinq jours ouvrables après la présentation ou la remise de cette lettre [1].

Son contenu est fixé par le Code du travail, et c'est la première chose à vérifier. La lettre indique l'objet de l'entretien, précise la date, l'heure et le lieu, et rappelle que vous pouvez vous faire assister par une personne de votre choix appartenant au personnel ou, en l'absence d'institutions représentatives du personnel, par un conseiller du salarié [2].

En amont, la prescription court déjà. Aucun fait fautif ne peut donner lieu à lui seul à l'engagement de poursuites disciplinaires au-delà de deux mois à compter du jour où l'employeur en a eu connaissance. Une seule réserve est prévue : celle du fait qui a donné lieu, dans ce même délai, à l'exercice de poursuites pénales [8]. S'y ajoute une exigence propre à la faute grave : puisqu'elle rend par définition impossible le maintien du salarié, la procédure doit être engagée dans un délai restreint après la connaissance des faits, dès lors qu'aucune vérification n'est nécessaire [13]. La règle connaît une limite : lorsque le salarié est absent de l'entreprise, un arrêt de travail par exemple, le temps écoulé ne retire pas à la faute son caractère de gravité [14].

Délai Point de départ Texte
Deux mois pour engager les poursuites Connaissance des faits par l'employeur L1332-4 [8]
Délai restreint propre à la faute grave Connaissance des faits, si aucune vérification n'est nécessaire Jurisprudence [13]
Cinq jours ouvrables minimum Présentation ou remise de la convocation L1232-2 [1]
Deux jours ouvrables minimum Date prévue de l'entretien L1232-6 [5]
Un mois maximum pour notifier Jour fixé pour l'entretien L1332-2 [6]
Quinze jours pour faire préciser les motifs Notification du licenciement R1232-13 [10]

Étape 3 : l'entretien préalable et votre assistance

Au cours de l'entretien, l'employeur indique les motifs de la décision envisagée et recueille vos explications [3]. L'entretien n'est pas un débat contradictoire, encore moins un procès : votre interlocuteur n'a pas à vous convaincre, et rien ne l'oblige à changer d'avis. Cette asymétrie se prépare, car vos déclarations peuvent être reprises par la suite.

Le choix de votre assistant obéit à une règle en deux branches. Lorsque l'entreprise est dotée d'institutions représentatives du personnel, vous pouvez être assisté par une personne de votre choix appartenant au personnel. Lorsqu'elle en est dépourvue, vous pouvez aussi faire appel à un conseiller du salarié, intervenant extérieur inscrit sur une liste dressée par l'autorité administrative, la convocation devant préciser l'adresse des services qui tiennent cette liste à votre disposition [4].

Une conséquence surprend souvent les cadres : le texte ne prévoit que ces deux possibilités, de sorte que votre avocate n'a pas de droit d'accès à l'entretien. Son rôle se joue avant, pour préparer vos explications écrites et orales, et après, sur la lettre et la suite.

Étape 4 : la notification et la fenêtre de quinze jours

La lettre de licenciement est notifiée par lettre recommandée avec avis de réception, comporte l'énoncé du ou des motifs invoqués et ne peut être expédiée moins de deux jours ouvrables après la date prévue de l'entretien [5]. Côté disciplinaire, la sanction ne peut intervenir ni moins de deux jours ouvrables, ni plus d'un mois après le jour fixé pour l'entretien, et elle est motivée [6]. La rupture prend effet à cette notification, sans préavis, le préavis n'étant ouvert qu'au salarié dont le licenciement n'est pas motivé par une faute grave [16].

Une fenêtre s'ouvre alors, et elle est brève. Dans les quinze jours suivant la notification, vous pouvez demander à l'employeur des précisions sur les motifs énoncés, par lettre recommandée avec avis de réception ou remise contre récépissé. Il dispose alors de quinze jours pour répondre s'il le souhaite, et peut aussi préciser ses motifs de sa propre initiative dans le même délai [10]. L'enjeu est considérable : la lettre, le cas échéant précisée, fixe les limites du litige. Si vous ne formez pas cette demande, l'insuffisance de motivation ne prive pas à elle seule le licenciement de cause réelle et sérieuse et n'ouvre droit qu'à une indemnité qui ne peut excéder un mois de salaire [11].

Un détail technique clôt ce calendrier. Lorsqu'un délai de cette procédure expire un samedi, un dimanche ou un jour férié ou chômé, il est prorogé jusqu'au premier jour ouvrable suivant [9].

Étape Date Règle appliquée
Connaissance des faits par l'employeur Lundi 2 mars Départ des deux mois et du délai restreint
Convocation remise en main propre, mise à pied conservatoire Mercredi 4 mars Convocation datée, motivée quant à son objet
Entretien préalable Mercredi 11 mars Au moins cinq jours ouvrables après la remise
Expédition de la lettre Lundi 16 mars Plus de deux jours ouvrables après l'entretien
Demande de précision des motifs Au plus tard le mardi 31 mars Quinze jours suivant la notification
Dernier jour possible pour notifier Lundi 13 avril Un mois après l'entretien, prorogé car le 11 tombe un samedi

Ces bornes sont celles que l'administration rappelle pour tout licenciement pour motif personnel, le plafond d'un mois valant pour les seules ruptures disciplinaires [18].

Ce que vaut une procédure irrégulière

Toutes les irrégularités ne se valent pas, et c'est la distinction la plus utile à connaître avant de saisir le conseil de prud'hommes.

Nature du manquement Exemples Sanction
Irrégularité de forme, licenciement par ailleurs fondé Convocation imprécise, entretien tenu trop tôt, notification prématurée Indemnité d'au plus un mois de salaire
Motifs insuffisamment énoncés, sans demande de précision Lettre vague non contestée dans les quinze jours Indemnité d'au plus un mois de salaire
Violation d'une garantie de fond Conseil de discipline conventionnel non saisi Licenciement sans cause réelle et sérieuse

Les deux premières lignes relèvent du même texte : une irrégularité commise au cours de la procédure, pour un licenciement reposant sur une cause réelle et sérieuse, ouvre droit à une indemnité qui ne peut être supérieure à un mois de salaire [11].

La troisième change d'échelle. Lorsqu'une convention collective ou un règlement intérieur impose de consulter un organisme chargé de donner son avis avant tout licenciement disciplinaire, cette consultation est une garantie de fond. Le licenciement prononcé sans elle est privé de cause réelle et sérieuse. Une irrégularité dans son déroulement produit le même effet, dès lors qu'elle vous a privé de vos droits de la défense ou qu'elle a pu influer sur la décision [15]. Ouvrir votre convention collective est donc l'un des premiers réflexes utiles, en particulier dans la banque, l'assurance et les grandes structures.

Reste le calendrier de votre propre action : toute action portant sur la rupture du contrat se prescrit par douze mois à compter de la notification [17]. Pour examiner ensuite le fond du motif lui-même, notre guide complet sur le licenciement pour faute grave et les moyens de le contester prend le relais de cette chronologie. Et si la procédure a été respectée mais que le motif paraît fragile, le Cabinet NDA accompagne les cadres dans la contestation de leur licenciement, du premier courrier à l'audience.

Conclusion : une chronologie qui se vérifie ligne à ligne

La procédure de licenciement pour faute grave ne laisse aucune place à l'improvisation. Deux mois pour engager les poursuites, un délai restreint propre à la gravité alléguée, cinq jours ouvrables avant l'entretien, deux jours ouvrables puis un mois pour notifier, quinze jours enfin pour faire préciser les motifs. Reconstituer ces dates, pièces à l'appui, est le premier travail à mener, et souvent celui qui oriente toute la suite. Pour situer votre situation dans ce calendrier et décider de la marche à suivre, soumettez le calendrier de votre procédure au Cabinet NDA.

Chaque situation étant particulière, cet article ne remplace pas l'analyse de votre dossier.

Vos questions, nos réponses

Quels sont les délais à respecter dans un licenciement pour faute grave ?

Quatre délais s'enchaînent. L'employeur dispose de deux mois à compter de la connaissance des faits pour engager les poursuites disciplinaires. L'entretien préalable ne peut se tenir moins de cinq jours ouvrables après la présentation de la convocation. La lettre ne peut être expédiée moins de deux jours ouvrables après l'entretien, ni plus d'un mois après celui-ci pour une sanction disciplinaire. Enfin, la faute grave suppose que la procédure soit engagée dans un délai restreint après la découverte des faits.

Que doit contenir la lettre de convocation à l'entretien préalable ?

Elle indique l'objet de l'entretien et précise la date, l'heure et le lieu. Elle rappelle aussi que le salarié peut se faire assister par une personne de son choix appartenant au personnel de l'entreprise ou, en l'absence d'institutions représentatives du personnel, par un conseiller du salarié. Elle mentionne alors l'adresse des services qui tiennent la liste de ces conseillers. Elle est remise en main propre contre décharge ou envoyée par lettre recommandée.

Peut-on venir avec son avocate à l'entretien préalable ?

Non, le Code du travail ne le prévoit pas. L'assistance est limitée à une personne appartenant au personnel de l'entreprise et, lorsque l'entreprise est dépourvue d'institutions représentatives du personnel, à un conseiller du salarié extérieur inscrit sur une liste administrative. Le rôle de l'avocate se situe donc en amont, pour préparer les explications et les écrits, et en aval, sur la lettre de licenciement puis la contestation.

Que faire si la lettre de licenciement est imprécise ?

Réagir dans les quinze jours suivant la notification, par lettre recommandée avec avis de réception ou remise contre récépissé, en demandant à l'employeur de préciser les motifs énoncés. Passé ce délai et sans demande de votre part, l'insuffisance de motivation ne prive pas à elle seule le licenciement de cause réelle et sérieuse et n'ouvre droit qu'à une indemnité plafonnée à un mois de salaire. La lettre, précisée le cas échéant, fixe ensuite les limites du litige.

Un vice de procédure annule-t-il le licenciement pour faute grave ?

Non, pas à lui seul. Lorsque le licenciement repose par ailleurs sur une cause réelle et sérieuse, une irrégularité de procédure ouvre droit à une indemnité qui ne peut dépasser un mois de salaire. La situation change lorsque la formalité omise est une garantie de fond, par exemple la consultation d'un conseil de discipline imposée par la convention collective : le licenciement est alors privé de cause réelle et sérieuse, ce qui ouvre droit à l'indemnisation prévue par le barème légal.

Sources

  1. Code du travail, article L1232-2 (convocation à l'entretien préalable, cinq jours ouvrables)
  2. Code du travail, article R1232-1 (contenu de la lettre de convocation)
  3. Code du travail, article L1232-3 (motifs indiqués et explications recueillies à l'entretien)
  4. Code du travail, article L1232-4 (assistance du salarié, conseiller du salarié en l'absence d'institutions représentatives du personnel)
  5. Code du travail, article L1232-6 (notification et énoncé des motifs, deux jours ouvrables)
  6. Code du travail, article L1332-2 (procédure disciplinaire, deux jours ouvrables et un mois)
  7. Code du travail, article L1332-3 (mise à pied conservatoire)
  8. Code du travail, article L1332-4 (prescription des faits fautifs, deux mois)
  9. Code du travail, article R1231-1 (prorogation des délais expirant un samedi, un dimanche ou un jour férié)
  10. Code du travail, article R1232-13 (demande de précision des motifs dans les quinze jours)
  11. Code du travail, article L1235-2 (limites du litige, irrégularité de procédure)
  12. Code du travail, article L1331-1 (définition de la sanction disciplinaire)
  13. Cour de cassation, chambre sociale, 6 octobre 2010, n°09-41.294 (faute grave et délai restreint d'engagement de la procédure)
  14. Cour de cassation, chambre sociale, 9 mars 2022, n°20-20.872 (délai restreint et salarié absent de l'entreprise)
  15. Cour de cassation, chambre sociale, 8 septembre 2021, n°19-15.039 (consultation d'un organisme disciplinaire conventionnel, garantie de fond)
  16. Code du travail, article L1234-1 (préavis, sauf faute grave)
  17. Code du travail, article L1471-1 (prescription de douze mois sur la rupture)
  18. Procédure de licenciement pour motif personnel, service-public.gouv.fr

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