Barème Macron 2026 : le tableau des indemnités prud'homales

Par Nathalie DAHAN AOUATE · Publié le 20 juillet 2026 · Mis à jour le 2 septembre 2026 · 6 min de lecture
Barème Macron 2026 : le tableau des indemnités prud'homales

Le barème Macron plafonne l'indemnité que le conseil de prud'hommes peut vous accorder pour un licenciement sans cause réelle et sérieuse, mais il fixe aussi un plancher, et plusieurs situations lui échappent entièrement. Votre indemnité se lit alors à partir de deux chiffres seulement : votre ancienneté en années complètes et votre salaire mensuel brut.

Au Cabinet NDA, la question qui revient le plus souvent après une lettre de licenciement tient en quelques mots : combien peut-on réellement obtenir aux prud'hommes ? Ce guide donne le tableau en vigueur en 2026, la méthode pour le lire sur votre situation, et les sommes qui restent dues en plus.

  • Le barème s'exprime en mois de salaire brut, avec un plancher et un plafond liés à l'ancienneté.
  • Le tableau n'a pas bougé depuis le 1er avril 2018 : la version applicable en 2026 est identique à l'originale.
  • Les licenciements nuls sortent du barème et ouvrent droit à au moins six mois de salaire, sans plafond.
  • Le juge ne peut ni descendre sous le plancher ni dépasser le plafond, la Cour de cassation l'a tranché.

Le barème Macron, en une réponse

Lorsque le juge estime que votre licenciement est sans cause réelle et sérieuse, c'est-à-dire injustifié, il vous accorde une indemnité à la charge de l'employeur. Depuis l'ordonnance du 22 septembre 2017, dans sa rédaction en vigueur depuis le 1er avril 2018, le montant de cette indemnité est enfermé dans une grille : un montant minimal et un montant maximal, tous deux exprimés en mois de salaire brut et croissant avec votre ancienneté [1].

Cette indemnité répare la perte injustifiée de l'emploi. Elle est distincte de l'indemnité légale de licenciement, due dès huit mois d'ancienneté ininterrompus au service du même employeur, sauf faute grave [2], que vous percevez par ailleurs. Encore faut-il obtenir la qualification de licenciement injustifié. Quand la rupture est prononcée à titre disciplinaire, le débat porte d'abord sur la réalité des faits et sur leur proportionnalité, selon les règles de contestation d'une sanction ou celles qui gouvernent la remise en cause d'un licenciement pour faute grave. Le barème n'entre en jeu qu'une fois ce terrain gagné.

Le tableau du barème Macron applicable en 2026

Pour une entreprise d'au moins onze salariés, les montants sont les suivants [1] :

Ancienneté (années complètes) Indemnité minimale Indemnité maximale
1 an 1 mois 2 mois
2 ans 3 mois 3,5 mois
3 ans 3 mois 4 mois
4 ans 3 mois 5 mois
5 ans 3 mois 6 mois
6 ans 3 mois 7 mois
7 ans 3 mois 8 mois
8 ans 3 mois 8 mois
9 ans 3 mois 9 mois
10 ans 3 mois 10 mois
11 ans 3 mois 10,5 mois
12 ans 3 mois 11 mois
13 ans 3 mois 11,5 mois
14 ans 3 mois 12 mois
15 ans 3 mois 13 mois
16 ans 3 mois 13,5 mois
17 ans 3 mois 14 mois
18 ans 3 mois 14,5 mois
19 ans 3 mois 15 mois
20 ans 3 mois 15,5 mois
21 ans 3 mois 16 mois
22 ans 3 mois 16,5 mois
23 ans 3 mois 17 mois
24 ans 3 mois 17,5 mois
25 ans 3 mois 18 mois
26 ans 3 mois 18,5 mois
27 ans 3 mois 19 mois
28 ans 3 mois 19,5 mois
29 ans 3 mois 20 mois
30 ans et plus 3 mois 20 mois

Trois précisions de lecture, qui viennent du texte lui-même [1] :

  • Le tableau raisonne en années complètes : une ancienneté de 5 ans et 8 mois se lit sur la ligne « 5 ans ».
  • Pour moins d'un an d'ancienneté, aucun plancher n'est prévu et le plafond est d'un mois de salaire brut.
  • Au-delà de trente ans, le plafond reste bloqué à vingt mois de salaire brut.

Moins de onze salariés : des planchers abaissés

Dans une entreprise qui emploie habituellement moins de onze salariés, seuls les montants minimaux sont abaissés, et seulement pour les dix premières années d'ancienneté [1]. Les plafonds, eux, restent ceux du tableau précédent.

Ancienneté (années complètes) Indemnité minimale (moins de 11 salariés)
1 an 0,5 mois
2 ans 0,5 mois
3 ans 1 mois
4 ans 1 mois
5 ans 1,5 mois
6 ans 1,5 mois
7 ans 2 mois
8 ans 2 mois
9 ans 2,5 mois
10 ans 2,5 mois

À partir de onze ans d'ancienneté, le plancher de trois mois du tableau général s'applique de nouveau, quelle que soit la taille de l'entreprise.

Quel salaire brut retenir pour appliquer le barème

C'est le point que les tableaux publiés en ligne passent le plus souvent sous silence. Le code exprime le barème « en mois de salaire brut » sans fixer, pour cette indemnité, de méthode de calcul du salaire de référence comparable à celle qui existe pour l'indemnité légale de licenciement [1]. Le juge retient la rémunération mensuelle brute qui était la vôtre avant la rupture.

Reste à savoir ce qui entre dans cette assiette. La règle tient à la nature salariale de la somme. Le 4 septembre 2024, la Cour de cassation a écarté du calcul la créance née des contreparties obligatoires en repos non prises : celle-ci a la nature de dommages et intérêts, et n'entre donc pas dans la rémunération prise en compte sur la période de référence [3]. À l'inverse, les sommes de nature salariale y figurent.

L'enjeu est très concret pour un cadre : un rappel d'heures supplémentaires ou une part variable impayée relève votre salaire de référence, donc la valeur de chacun des « mois » du barème. Le contenu de votre solde de tout compte mérite d'être passé au crible avant tout chiffrage.

Comment le juge fixe votre indemnité entre le plancher et le plafond

Deux exemples, pour un cadre d'une entreprise de plus de onze salariés :

  • Cinq ans d'ancienneté, 5 000 euros bruts par mois : l'indemnité se situe entre 3 et 6 mois, soit entre 15 000 et 30 000 euros.
  • Douze ans d'ancienneté, 6 000 euros bruts par mois : l'indemnité se situe entre 3 et 11 mois, soit entre 18 000 et 66 000 euros.

Entre ces deux bornes, il appartient au juge d'apprécier votre situation concrète : âge à la date de la rupture, durée du chômage subi, charges de famille, difficultés de reclassement, préjudice réellement démontré [4]. L'écart n'a rien de théorique. Statuant au fond le 21 janvier 2026, la Cour de cassation a retenu le cas d'une salariée de vingt-deux ans d'ancienneté payée 3 492 euros par mois, dont la fourchette allait de 3 à 16,5 mois, et lui a alloué 57 618 euros, soit le maximum du barème [4]. La même ancienneté pouvait valoir 10 476 euros. Entre les deux, il n'y a que ce que le dossier démontre.

C'est précisément là que se joue une contestation de licenciement préparée avec le Cabinet NDA : pièces sur la recherche d'emploi, justificatifs de perte de revenus, éléments sur les conditions de la rupture.

Ce que le barème ne plafonne pas

Le barème ne concerne qu'une seule somme : l'indemnité réparant le caractère injustifié du licenciement. Plusieurs autres sommes suivent leur propre régime.

Somme Ce qu'elle vise Traitement
Indemnité légale ou conventionnelle de licenciement La rupture elle-même, sauf faute grave [2] Hors barème, et le juge ne peut pas l'imputer sur l'indemnité qu'il alloue [1]
Indemnité pour irrégularité de procédure Un licenciement fondé, mais une procédure viciée [5] Plafonnée à un mois de salaire, indépendamment du barème
Indemnité forfaitaire de travail dissimulé Le travail dissimulé constaté à la rupture [6] Six mois de salaire, en dehors du barème
Indemnités propres à certains licenciements économiques Les cas visés aux articles L. 1235-12, L. 1235-13 et L. 1235-15 [1] Cumulables avec l'indemnité du barème, mais dans la limite de ses montants maximaux

Une nuance mérite d'être retenue : pour fixer le montant dû, le juge peut tenir compte des indemnités de licenciement versées lors de la rupture, à l'exception de l'indemnité légale de licenciement [1]. Cette dernière ne vient donc jamais en déduction.

Les licenciements auxquels le barème ne s'applique pas

Le barème s'efface lorsque le licenciement est frappé de nullité. L'indemnité ne peut alors pas être inférieure aux salaires des six derniers mois, et aucun plafond ne s'impose au juge [7]. Sont visées les nullités tenant à :

  • la violation d'une liberté fondamentale ;
  • des faits de harcèlement moral au travail ou de harcèlement sexuel ;
  • un licenciement discriminatoire ;
  • un licenciement consécutif à une action en justice en matière d'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, ou à une dénonciation de crimes et délits ;
  • le licenciement d'un salarié protégé en raison de l'exercice de son mandat ;
  • le licenciement méconnaissant la protection de la maternité et des congés familiaux, ou celle des victimes d'accident du travail et de maladie professionnelle.

Une règle voisine existe pour l'inaptitude d'origine professionnelle : quand le licenciement est prononcé au mépris des obligations de reclassement ou de réintégration, l'indemnité est fixée selon le régime des licenciements nuls, donc avec le même plancher de six mois [8]. Les pièges du licenciement pour inaptitude tiennent souvent à ce point.

À l'inverse, tout licenciement irrégulier n'est pas nul. Le licenciement prononcé à l'occasion d'un transfert d'entreprise est privé d'effet sans être nul : la Cour de cassation a jugé le 21 janvier 2026 que, faute de texte spécial, les conséquences de cette éviction se réparent dans les limites du barème, et non selon le plancher de six mois [4]. Notre article sur le licenciement prononcé lors d'une cession d'entreprise détaille cette situation. Autrement dit, la qualification exacte du motif réel de la rupture commande le montant : c'est le premier travail à mener avant de saisir le conseil de prud'hommes.

Le barème s'impose-t-il au juge, et à quelles ruptures ?

Oui. Après plusieurs années de résistance de certaines juridictions du fond, la Cour de cassation a tranché le 11 mai 2022. Les dispositions du barème sont compatibles avec l'article 10 de la convention n°158 de l'Organisation internationale du travail, et il appartient seulement au juge d'apprécier la situation concrète du salarié pour fixer l'indemnité entre les montants minimaux et maximaux du tableau [9]. Un conseil de prud'hommes ne peut donc plus écarter le barème au cas par cas.

Sa portée dépasse le seul licenciement. Quand la rupture est prononcée par le juge aux torts de l'employeur, ou qu'elle fait suite à une prise d'acte, l'indemnité se détermine selon les mêmes règles, sauf si la rupture produit les effets d'un licenciement nul [10]. La Cour de cassation a censuré sur ce fondement, le 16 février 2022, une cour d'appel qui avait alloué dix-neuf mois de salaire à un salarié dont la résiliation judiciaire produisait les effets d'un licenciement sans cause réelle et sérieuse [11].

Reste que le coût pour l'employeur ne s'arrête pas à l'indemnité versée. Le juge ordonne aussi, d'office lorsque les organismes ne sont pas intervenus, le remboursement à France Travail des allocations chômage servies, dans la limite de six mois d'indemnités [12]. Cette sanction connaît deux exclusions importantes : elle ne s'applique ni au licenciement d'un salarié de moins de deux ans d'ancienneté, ni à celui opéré dans une entreprise employant habituellement moins de onze salariés [13].

Conclusion : chiffrer avant d'engager la procédure

Le barème donne une fourchette, pas un montant. Trois éléments déterminent votre position à l'intérieur : l'ancienneté retenue en années complètes, le salaire brut de référence et la qualification exacte du motif de rupture, qui peut faire sortir le dossier du barème. Chaque situation reste particulière, et cet article ne remplace pas l'analyse de votre dossier. Avant toute saisine, demandez un rendez-vous au Cabinet NDA pour situer votre dossier entre le plancher et le plafond.

Vos questions, nos réponses

Le barème Macron a-t-il changé en 2026 ?

Non. Le tableau est resté identique depuis son entrée en vigueur le 1er avril 2018 et n'est pas revalorisé chaque année. Parler de barème Macron 2026 désigne simplement la version applicable cette année, celle issue de l'ordonnance du 22 septembre 2017 [1]. Ce qui évolue, c'est la jurisprudence sur son périmètre, pas les montants.

Le barème s'ajoute-t-il à l'indemnité de licenciement ?

Oui. L'indemnité pour licenciement sans cause réelle et sérieuse, encadrée par le barème, est distincte de l'indemnité légale ou conventionnelle de licenciement, que vous conservez [2]. Pour fixer son montant, le juge peut tenir compte des indemnités de licenciement versées lors de la rupture, à l'exception de l'indemnité légale de licenciement [1].

Dans quel délai faut-il contester un licenciement abusif ?

Toute action portant sur la rupture du contrat de travail se prescrit par douze mois à compter de la notification de la rupture [14]. Passé ce délai, la contestation devant le conseil de prud'hommes n'est plus recevable, ce qui justifie de faire analyser la lettre de licenciement sans attendre.

Sources

  1. Code du travail, article L1235-3 (barème des indemnités pour licenciement sans cause réelle et sérieuse)
  2. Code du travail, article L1234-9 (indemnité de licenciement, sauf faute grave)
  3. Cour de cassation, chambre sociale, 4 septembre 2024, n°23-10.520 (sommes exclues de la rémunération de référence)
  4. Cour de cassation, chambre sociale, 21 janvier 2026, n°24-21.142 (licenciement privé d'effet lors d'un transfert, application du barème)
  5. Code du travail, article L1235-2 (indemnité pour irrégularité de procédure, plafond d'un mois)
  6. Code du travail, article L8223-1 (indemnité forfaitaire de travail dissimulé, six mois de salaire)
  7. Code du travail, article L1235-3-1 (exclusion du barème en cas de nullité, plancher de six mois)
  8. Code du travail, article L1226-15 (inaptitude d'origine professionnelle, indemnité fixée selon l'article L1235-3-1)
  9. Cour de cassation, chambre sociale, 11 mai 2022, n°21-14.490 (barème obligatoire, compatibilité avec la convention n°158 de l'OIT)
  10. Code du travail, article L1235-3-2 (rupture prononcée aux torts de l'employeur ou prise d'acte)
  11. Cour de cassation, chambre sociale, 16 février 2022, n°20-16.184 (résiliation judiciaire, application du barème)
  12. Code du travail, article L1235-4 (remboursement des allocations chômage par l'employeur)
  13. Code du travail, article L1235-5 (exclusions du remboursement des allocations chômage)
  14. Code du travail, article L1471-1 (prescription de douze mois pour contester la rupture)

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